Présentation du Peuple migrateur
Quelques informations techniques à propos du film, sans aborder son sujet, les oiseaux migrateurs, dont nous en reparlerons après la projection.
- Le film est sorti en 2001, il a été remastérisé en 2025 en format 4K.
- Durée du tournage plus de 3 ans sur plusieurs continents (de 1998 à 2001).
- Projet initié et mené à bien par Jacques Perrin, né en 1941, mort en 2022, acteur, réalisateur, producteur de films documentaires et animaliers.
- Le film dure 98 minutes.
- Sa production a occupé près de 500 personnes, dont douze pilotes, trois réalisateurs, quinze opérateurs, et 300 départs d’équipes sur site.
- 400 km de pellicule filmée (pour beaucoup de films la quantité est de 2 à 3 kms.
- 240 heures de rushes (de projection) pour en extraire une heure et demie.
- Il a principalement été tourné à partir d’ULM (il n’existait pas encore de drones) mais la production a aussi dû inventer et fabriquer des prototypes d’ULM et de paramoteurs inexistants jusqu’alors, adaptés aux besoins d’un tournage et d’une charge importante de matériel cinématographique.
- Invention également de robots téléguidés tous terrains, de plateformes inertielles (système de guidage et de navigation qui détecte le mouvement d’un engin et calcule sa trajectoire à l’aide d’accéléromètres, fournissant une référence d’horizontalité à divers systèmes comme le pilote automatique ou le directeur de vol).
- Sept fois il y eut un crash d’ULM mais sans aucune victime.
- Le film a remporté un César en 2002 pour le meilleur montage (Marie-Josèphe Yoyotte). Il avait également été nominé pour la meilleure musique (Bruno Coulais) et l’année suivante aux Oscars comme meilleur documentaire.
- Vous observerez qu’il n’y a aucune plan fixe ou presque, la caméra est sans cesse en mouvement, comme le sujet qu’elle filme.
Ce fut assurément une grande aventure, à la fois humaine, scientifique et technique.
Une des prouesses du film est de tenter de substituer à notre regard sur les oiseaux celui que les oiseaux portent eux-mêmes sur l’environnement.
Nous avons la chance d’avoir parmi nous M. Alexandre Corbeau, ornithologue au CNRS et à l’Université de Rennes, spécialiste en biologie de l’environnement, des populations et de leur écologie, connu pour ses travaux sur les relations entre oiseaux marins et pêcheries, notamment les albatros sentinelles de l’océan Austral. Il a accepté de se joindre à nous pour répondre aux questions qui viendront nourrir notre débat.
Bonne projection !
JPB
Captation du débat avec Alain Corbeau
Quelques informations à propos du film (notamment à partir d’un bonus du DVD) :
- Le bébé coucou éjecte les autres œufs de façon à rester seul dans le nid, lorsqu’elle se reproduit la femelle coucou va pondre son œuf dans le nid des oiseaux qui furent ses « parents adoptifs » et le cycle continue
- Différence entre les oiseaux dits « moteurs » qui se déplacent en agitant les ailes (p. ex. les oies cendrées) et qui volent en V inversé pour une meilleure pénétration de l’air, et les oiseaux « planeurs » (p. ex. les cigognes) qui utilisent des colonnes de chaleur (des thermiques) pour s’enrouler autour d’elles et s’élever dans les airs sans aucun effort (jusqu’à 4 000 mètres)
- Tous les poussins sont filmés dans la nature sans aucun dressage préalable
- Certaines migrations comme celles de oies des neiges portent sur des centaines de milliers d’oiseaux
- La migration d’automne rencontre plus d’obstacles notamment climatiques et en raison de la période de chasse
- La pollution est une autre forme de prédation, en fait la pire : comme l’illustre la scène avec l’oiseau englué dans le pétrole, de tels dangers ne font pas l’objet d’une programmation instinctuelle de l’animal qui est dès lors sans défense et ne sait pas se protéger. La pollution est le péril le plus dangereux pour les oiseaux. Le naufrage de l’Erica en a tué 200.000.
- La scène au Sénégal où la petite guifette se fait manger par les crabes ne s’est pas passée comme ça : les crabes ont poursuivi la guifette blessée (aile fracassée), mais celle-ci a été sauvée et guérie par les cinéastes, qui ont donné un morceau de viande aux crabes pour filmer la curée.
- L’anhinga perfore le poisson avec la partie inférieure de son bec et doit ensuite jongler avec sa proie pour pouvoir l’absorber
- L’ara hyacinthe filmé au Brésil, tout bleu cobalt, est le plus grand des psittacidés, pouvant atteindre 1 m à l’âge adulte (envergure 1,50 m) ; la scène où il se trouve encagé sur une embarcation qui descend un fleuve et où il est en mesure d’ouvrir sa cage est artificielle : dans la réalité, il ne s’agit pas de cages à claires-voies mais de conteneurs fermés, et sans échappatoire. On a voulu tourner une scène où l’oiseau recouvrait sa liberté. Cet oiseau est très intelligent et réussit couramment les tests prévus pour des enfants de 5 ans
- La scène où un pétrel géant attaque et tue un bébé manchot appelle un commentaire : le bébé est abandonné par ses parents, et les autres couples de manchots ne s’occupent pas de lui ; il est donc condamné, mis au ban, et c’est pourquoi le pétrel s’attaque à lui ; les manchots et les pétrels, qui sont cousins, se côtoient depuis des millénaires et le pétrel remplit couramment une fonction de « nettoyeur »
- Les conseillers scientifiques ont permis de sélectionner les espèces à filmer, leur lieu de rassemblement, leur itinéraire migratoire : sans eux, le film était impossible.
- L’équipe a créé une clinique vétérinaire pour soigner les individus blessés. Parfois, comme pour les pélicans au Sénégal, le groupe entier est victime de maladies et l’infirmerie du tournage doit se débrouiller toute seule. Il fallut attendre la convalescence des animaux.
- Parfois des groupes d’oiseaux semblent disparaître et s’en aller en cours de tournage, puis ils reviennent une heure plus tard comme si rien ne s’était passé (scène d’atterrissage sur le pont d’une frégate, au grand étonnement des militaires).
- Des groupes de pélicans élevés en Normandie ont voyagé en avion pour se rendre au Sénégal, leur territoire d’origine.
- En septembre 1999, des ULM ont été détruits par l’ouragan Floyd et ont dû être remplacés et aménagés rapidement pour ne pas rater la migration saisonnière.
- Les bobines de film duraient quatre minutes : importance de passer au tournage au bon moment (par exemple envol des oiseaux) et de ne pas gâcher la pellicule ou rater le bon instant.
- Les oies à tête barrée, qui migrent de la plaine du Gange vers les steppes d’Asie centrale, survolent l’Himalaya à 9 000 m d’altitude, à moins 45 degrés et sous des vents de plus de 100 km/h. Un aigle a attaqué le groupe d’oies et celles-ci se sont éparpillées. Il a fallu attendre deux jours pour qu’elles se regroupent à nouveau et qu’on puisse les retrouver. Parfois aussi les oiseaux « domestiqués » voient passer des groupes sauvages de la même espèce et se joignent à eux, mais il arrive qu’ils reviennent.
- Tournage en Amazonie : plusieurs jours de pirogue sont nécessaires pour remonter le fleuve. Une fois sur place, les cameramen ont dû se hisser au-dessus de la canopée à l’aide de la construction d’une tour en métal de quarante mètres pour y parvenir.
- Pour tourner à Monument Valley, il a fallu attendre le feu vert donné par le Conseil des Anciens car c’est un territoire indien navajo. Mais pour survoler Manhattan il a fallu des mois de tractations avec les autorités new-yorkaises. Puis attendre quarante jours pour que les bernaches venant du Canada survolent la Grosse Pomme. A Paris, un survol proche de la Tour Eiffel n’a jamais obtenu l’autorisation.
- Parfois deux mois de séjour localement pour attendre l’arrivée des oiseaux.
- Lorenz avait conclu que les oiseaux avaient autant exercé une influence sur lui que lui sur eux.
- Jean Dorst (1924 – 2001) a publié une dizaine de livres traduits dans le monde entier, notamment Les Oiseaux, Les Migrations des Oiseaux, Avant que nature meure, La Vie des Oiseaux, Les Oiseaux dans leur milieu, un Guide des grands mammifères d’Afrique, Les Animaux voyageurs, L’Univers de la vie. Son ouvrage Avant que nature meure (1965) eut une grande influence sur les scientifiques de diverses disciplines, au-delà du monde francophone, qui prirent de plus en plus la mesure des problèmes posés par la perturbation des grands équilibres planétaires. Dans les années qui suivirent sa parution, de nombreuses associations consacrées à l’étude et à la protection de la nature virent le jour, notamment en France. En revanche, Jean Dorst fut peu écouté et même raillé dans les milieux politiques, économiques et syndicaux, réticents à imaginer que la période des « Trente Glorieuses » pourrait ne pas se prolonger indéfiniment et laisser derrière elle des conséquences coûteuses pour les générations futures. Son fort engagement militant au sein de l’ONG des Amis de la Terre et de la LPO fait rejeter sa candidature en 1980 à l’Académie française, au profit de Marguerite Yourcenar. Cela ne l’empêche pas de participer au scénario du film documentaire qui lui est dédié, Le Peuple migrateur. Il eut pour compagnons de route scientifiques et philosophiques Théodore Monod, Hannah Arendt, Jean Rostand, François Terrasson, Günther Anders, René Dumont, David Brower, Pierre Fournier, Claude Lévi-Strauss et Allain Bougrain-Dubourg. Il considérait le naturaliste et écrivain Pierre-Olivier Combelles comme son « disciple » et son « fils spirituel ».

