« L’humour est la politesse du désespoir » (Georges Duhamel)
Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, (en anglais : Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est sorti en 1964.
C’était le sixième film de Stanley Kubrick, qui n’en a tourné que 13 pendant toute sa carrière. Docteur Folamour intervient après Fear and Desire, film répudié par Kubrick ; Le baiser du tueur (Killer’s Kiss) ; L’ultime razzia (The Killing) ; Les sentiers de la gloire (Paths of Glory) ; Spartacus ; et Lolita.
Après donc avoir tourné deux films noirs de type « polar », un film antimilitariste sur la première guerre mondiale, un péplum à contenu politique et un sujet de société plutôt inflammable (sur une histoire qu’on classerait aujourd’hui dans la rubrique « pédophilie »), Kubrick s’attaque au contexte géopolitique du moment, la guerre froide et le péril de guerre nucléaire qui s’y rattache, et il le fait sur le mode de l’humour noir.
Le film a été inspiré par le roman Red Alert de Peter George, mais il s’en écarte considérablement. Le personnage de Folamour n’existe pas dans le roman. Le roman ne comporte aucun traitement satirique du sujet. Le roman « finit bien » puisqu’après une tentative du président américain d’offrir le sacrifice nucléaire d’Atlantic City, dans le New Jersey, le dernier aéronef en charge, Alabama Angel, est détruit en plein vol par les Soviétiques. On ne peut pas en dire autant de Docteur Folamour.
La situation périlleuse décrite par le film n’avait rien de fictif. L’OTAN était convaincue qu’elle était incapable d’opposer une force conventionnelle suffisante pour faire face à l’Armée rouge, et qu’il était nécessaire de se reporter vers la dissuasion nucléaire. L’ancien secrétaire d’État Robert McNamara rappelle dans une interview plus récente quelle était la doctrine officielle de l’OTAN et des USA : en cas d’attaque conventionnelle, terrestre, par les troupes du Pacte de Varsovie, la riposte nucléaire était nécessaire et programmée. Selon l’ancien ministre, en pareil cas, les chefs d’État auraient suivi l’État-major de l’OTAN, qui avait 17 fois plus d’ogives que l’URSS. Selon McNamara, il en aurait dissuadé Kennedy de justesse au moment des missiles soviétiques à Cuba.
Dans un contexte aussi chaud, Kubrick a pourtant osé produire une satire qui s’est révélée un chef d’œuvre d’humour noir. Ce faisant, il ne s’est pas trompé d’un point de vue commercial puisque le film a coûté deux millions de dollars et en a rapporté cinq rien qu’aux États-Unis.
Le film a obtenu 4 nominations aux Academy Awards, 8 nominations aux Bafta Awards (dont 4 avec succès, ainsi que de nombreux prix aux Hugo Awards, Writers Guild of American Awards, New York Film Critics Award. Il a été classé en trente-deuxième position parmi les meilleurs films de tous les temps listés par l’American Film Institute. Les prix ont été attribués au metteur en scène, aux scénaristes, à l’acteur principal (Peter Sellers) et à un autre acteur, Sterling Hayden. Ces deux acteurs étaient des familiers de Stanley Kubrick : Sterling Hayden, célèbre pour son rôle dans Johnny Guitare de Nicholas Ray et Asphalt Jungle de John Huston, avait tenu le rôle principal dans L’ultime razzia et il interprète dans Docteur Folamour le général paranoïaque Jack Ripper ; quant à Peter Sellers, il avait brillé dans Lolita par son interprétation remarquable de l’écrivain Clare Quilty, et la Columbia, producteur du film, misait sur lui pour obtenir un nouveau succès.
Peter Sellers joue trois rôles différents dans le film, celui du Président des États-Unis, Merkin Muffley, celui du capitaine britannique Lionel Mandrake, et bien sûr celui du mystérieux Docteur Folamour. Il était également prévu de lui faire interpréter le rôle du pilote texan Kong, mais il dut l’abandonner car souffrant de maux du dos qui l’empêchaient de se déplacer dans le cockpit et parce qu’incapable, malgré ses dons d’imitateur, de parler avec l’accent texan qui était requis.
Il faut enfin absolument mentionner l’acteur George C. Scott, dont l’interprétation du général Turgidson est éblouissante, au point de voler parfois la vedette à Peter Sellers.
Le chef décorateur était Ken Adam, britannique d’origine allemande, créateur des décors de nombreux James Bond.
La musique est de Laurie Johnson, qui a composé plus tard le délicieux générique de The Avengers(Chapeau melon et bottes de cuir).
La marche qu’on entend pour illustrer l’avancement inexorable de la menace est une adaptation d’une vieille chanson de la guerre de Sécession, When Johnny Comes Marching Home.
Il y a de nombreux thèmes à aborder grâce à ce film, même s’il est centré sur le péril nucléaire. Vous les découvrirez au fur et à mesure. Certains sautent aux yeux, d’autres sont plus discrets. Nous en reparlerons après la projection.
Il ne me reste qu’à vous souhaiter une séance très agréable avec ce feu d’artifice où l’humour, parfois spirituel et allusif, cède souvent la place à une esbroufe burlesque dépourvue de toute retenue.
JPB


